De mon côté, une vanne récalcitrante depuis de nombreux mois a fini par triompher : j’ai dû faire appel au chauffagiste, lequel a, endéans l’heure, remplacé le robinet défectueux. L’intervention mineure n’a pas nécessité le déplacement du parton himself, un ouvrier a suffi.
Hier, je reçus la facture : une heure d’intervention à 50€/heure. Bien sûr c’est cher mais aussi très intéressant. En effet, voici dix-huit mois, une institution publique émit un appel d’offres de services informatiques. Il ressort aujourd’hui que 50€/h, c’est plus de 20% supérieur à la fonction la plus basse contractée, pour laquelle, l’institution souhaite en outre au moins un BAC+4. Cette fonction ramène même moins que le jardinier de ma voisine, lequel sollicita 40€/h.
Ajoutez à cette comparaison que la déflation des prix dans l’IT public dure depuis plus de dix ans et vous commencez à comprendre qu’on ne parlera pas de ma voisine. Bien sûr, tout le monde a le droit de gagner dignement sa vie et, dans un monde parfait, nous devrions tous rouler en Rolls, posséder un yacht, une résidence secondaire dans l’hémisphère sud,… Et si le chauffagiste est dans le cas, grand bien lui fasse. C’est dans notre monde à nous que le bât blesse.
Le premier problème se situe dans les qualifications : un BAC+4 obtient son diplôme vers 22-23 ans. Pendant ce temps-là, l’ouvrier jardinier ou chauffagiste a terminé son apprentissage depuis quelques années et gagne sa vie. Rentrées d’argent d’un côté, dépenses de l’autre. Si les rémunérations dans l’IT ne justifient plus les années de nuits blanches passées à étudier, à souffrir et à douter comment motiver les lycéens ? Partant, comment l'Europe produira-t-elle encore de la valeur ajoutée ?
Le second problème vient des acheteurs : dans la plupart des cas, ces personnes sont elles-mêmes informaticien(ne)s. Nous sommes donc confrontés à des gens en plein exercice de flingage de leurs propres connaissances et savoir-faire. Traduisez : la sélection du moins-disant implique, à chaque exercice, une auto-dévaluation. Poussons le raisonnement plus loin et demandons-nous pourquoi l’institution doit encore rémunérer ses informaticiens au même niveau que les autres fonctionnaires, quand les premiers avouent de facto, tous les cinq ans, que la valeur marchande de leur profession baisse.
Le troisième problème émane des vendeurs : mûs par un instinct de lemmings, ils se précipitent vers la falaise et se répètent à qui mieux-mieux : « jusqu’ici, tout va bien », probablement aveuglés par la théorie des marchés efficients. Laquelle vient de montrer sa valeur toute théorique dans le secteur financier. De plus, l’auto-dévaluation applicable aux acheteurs les concerne tout autant.
Le dernier problème réside dans le cumul des deux précédents : si tous sont d’accords et persuadés d’être sur la bonne voie, de problème il n’y a. Jusqu’au jour où les PVD atteindront notre niveau de vie et demanderont des rémunérations équivalentes. Ce jour-là, l’Europe se retrouvera dans la même situation qu’aujourd’hui sur le plan des logiciels libres : de pépinière, elle sera devenue désert mais ce ne sera la faute à personne.
Bref, si vous avez des enfants, parents ou amis sur le point de choisir une orientation conseillez-leur plutôt le jardinage ; ils pourraient, d’aventure, intervenir chez la descendante de Lady Chatterley. Et ça, dans l’IT…
On peut argumenter que le plombier restera a 50€/h toute sa vie (plus l'inflation?) alors que l'informaticien devrait progresser (sachant que cela en general veut dire abandonner l'informatique pour la gestion de projet, l'autre chemin - l'excellence - etant penible).
L'approche du moins disant a au moins la consequence naturelle du "tu as ce que tu paies" : il ne faut pas s'etonner donc du manque de qualite, de vision ou d'avancee quelconque dans l'informatique de ces promoteurs du prix casse.
Rédigé par: ddossot.myopenid.com | 05/11/2009 à 22:49
Pas convaincu par ta démonstration. Tu ne considères pas le backlog et le beach.
On compare des prestations sans visibilité business (un robinet à changer tous les 3 ans, une haie à tailler à l'automne) et le ronron d'une presta dans une institution européenne (sur un contrat cadre pluri-annuel).
Le prix horaire inclus la visibilité business et la dispo, le beach.
Jardinier, plombier, nainformaticien, quel que soit le metier de service, le prix n'est pas la variable la plus significative de la marge opérationnelle, mais c'est le taux d'utilisation des ressources.
Rédigé par: www.facebook.com/profile.php?id=586386414 | 05/11/2009 à 23:30