Sur un mur de mai 68, un grafiti proclamait “Faites-vous naturaliser Sénégalais, vous baiserez mieux”. En IT, on est en train de se faire naturaliser sans s'en apercevoir. Tout le mérite en revient à nos élites politiques, visionnaires, clairvoyantes, courageuses, policées, mais surtout belles, parfumées, bronzées, rolexées.
La réflexion m'est venue ce samedi après-midi, alors que je buntais avec une bande de passionnés. L'un deux nous a lâché : « A force de laisser filer nos technologies, on en est réduit à se tourner vers l'Afrique pour nos logiciels libres ».
Réflexion à la fois déprimante et pertinente : l'Europe, c'est le continent qui enfanta linux, Suse, Open Office (Star Office à l'origine), MandrakeSoft,.. Le successeur de MandrakeSoft, Mandriva, a été, voici deux-trois ans, le meilleur desktop linux disponible. Aujourd'hui, Suse et Open Office sont américains, Mandriva se transforme en une SSII comme les autres. Et l'Europe, toute penaude, de se tourner vers Ubuntu, le linux sud-africain.
Problème : là où les pays émergents (Brésil, Afrique du Sud) poussent leurs technos locales, le trop vieux Continent, lui, préfère la stratégie de la carpette. Nos politiques, soucieux de ne pas froisser le gouverneur général de St Kitts et Nevis ou un célèbre député de l'Iowa, dont le nom m 'échappe, préfèrent s'approvisionner à l'étranger. L'étranger, dans 95% des cas, c'est l'oncle Sam.
L'oncle Sam, lui, développe aussi de nouvelles technologies. Et pousse le made in America à qui mieux mieux. Chez nous, les élus sont dans le mood : la techno, c'est les fenêtres à Big Steve. Et quand on a peur du gouveneur général de St Kitts et Nevis, on se fait sur soi à l'idée de voir le gros chauve suintant bondir dans son bureau sur une musique de Gloria Estefan.
Attention, avant les élections, ils sont tous d'accord : le libre c'est un moyen de s'émanciper, de réduire le chômage, de bla bla bla. Chacun est champion des interventions en faveur de l'IT européenne et on peut d'ailleurs vérifier, quand on veut. Vite. Parce qu'après les élections, plus personne ne répond aux courriels.
Il reste à espérer que nous puissions bientôt élire des hommes politiques africains. Eux s'expriment sans doute de manière moins policée, fréquentent moins les cocktails, préfèrent les Swatch aux Rolex. Mais ils prennent, en revanche, leurs responsabilités.
A moins que...
...le weekend dernier, le parti pirate, à peine créé, a rassemblé 2% des voix en Allemagne. Ce même parti aura un député au Parlement européen, une fois Lisbonne ratifié. Il étend rapidement sa présence sur le trop vieux Continent. De l'autre côté de l'Atlantique, c'est Meg Whitman (l'ancienne CEO d'ebay) qui veut devenir Governator. Et si l'IT prenait en mains le destin politique du trop vieux Continent ? Et si on s'élisait mutuellement plutôt que de laisser des incompétents en Armani ruiner notre savoir-faire ?
Bien dit! Le culbutage de la classe politique n'ayant pas reussi en 1968, il faudra bien retenter le coup avec une approche differente. Utiliser la technologie semble l'idee a creuser en la matiere...
Rédigé par: David Dossot | 07/10/2009 à 23:07