Stratégie et GSM
La stratégie, c'est l'art de positionner une entreprise pour l'avenir. C'est l'art de choisir les créneaux prometteurs, d'occuper les segments porteurs d'avenir. Bien sûr, c'est un art, pas une science, même si elle implique de broyer des nombres pendant des jours et des jours.
La stratégie c'est par exemple d'anticiper aujourd'hui l'avènement de l'Internet mobile. On trouve à ce sujet un article très intéressant sur TechCrunch quant à l'avenir de l'Internet mobile. Intéressant parce qu'il définit plusieurs ruptures susceptibles d'émerger dans les années à venir. Les ruptures ne sont pas seulement technologiques mais aussi sociologiques et économiques. Bref, l'Internet mobile pourrait amener une vague de changement sociétaux plus importante que l'avènement d'Internet lui-même.
A la lumière de cette anticipation, on comprend mieux la décision de Nokia hier : la société finlandaise met 264Mio € sur la table pour récupérer la société Symbian et la transformer en une fondation dont le but sera de distribuer l'OS en Open Source.
264Mio jetés au public ? Pas du tout. Symbian était condamné à terme, face à des concurrents tels que Linux, Android et autres. Placer l'OS dans le secteur libre lui ouvre de nouvelles perspectives, telles que sa mise à disposition à une communauté de développeurs.
Un premier aspect remarquable (et courageux) du mouvement orchestré par Nokia consiste, non seulement à dépenser un paquet de millions, mais surtout à se séparer de l'être enfanté avec Sony Ericsson et Motorola. Un deuxième aspect remarquable, c'est le timing de l'opération : sur les portables, Symbian reste l'OS le plus vendu et le plus installé (plus de 60%). Il importait donc d'agir en situation de force. D'autre part, Big Broogle vient d'annoncer des retards dans Android, Windows mobile ne séduit pas et Apple est encore en phase de démarrage. Symbian en Open Source possède tous les atouts pour séduire les développeurs à la recherche d'une plateforme qui leur permettra de vendre un maximum de licences. Ils y constitueront une énorme bibliothèque d'applications. Celle-ci attirera, à son tour, les clients vers les terminaux mobiles de Nokia. Dans cette optique, les 264 millions représentent un investissement, pas une dépense. C'est aussi un premier pas vers une nouvelle société qui vivra davantage des services offerts sur ses terminaux. Conséquence, l'OS perd de son importance. Accessoirement Android aussi.
Le repositionnement révèle aussi d'une capacité rare auprès des leaders de marché : la faculté à se réinventer de manière radicale. C'est comme si HP avait inventé l'eee PC ou si Microsoft plaçait XP en Open Source... Mais ça ce n'est plus de la stratégie, c'est du phantasme.

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